top of page

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

La pêche durable est essentielle dans notre société. Elle permet de garantir que l’activité de pêche n’impacte pas de manière significative l’écosystème, c'est-à-dire l'habitat des animaux pêchés et des animaux qui ne le sont pas.


Aurore Receveur est chercheuse en écologie marine et en sciences halieutiques. Son travail de recherche permet de trouver des solutions afin de garantir une pêche durable. Venez découvrir son métier mais aussi ses engagements associatifs dans cette interview !

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

Bonjour ! Je m’appelle Aurore Receveur, et j’ai 30 ans. Je suis actuellement chercheuse au sein de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), et je suis basée au Cesab, centre de synthèse et d'analyse sur la biodiversité et programme de la FRB, à Montpellier. J’ai commencé ce poste il y a un peu plus d’un an, et il se terminera en novembre 2024.


Je suis précisément chercheuse en écologie marine et sciences halieutiques. Les sciences halieutiques sont les sciences s’intéressant aux poissons qui sont exploités, c’est-à-dire que l’homme pêche ou élève en aquaculture. L’objectif général de mes recherches est de mieux comprendre comment les espèces vivent, c’est-à-dire où elles sont distribuées spatialement, dans quel environnement elles vivent (quelles conditions de température par exemple), comment elles interagissent entres elles (est ce qu’elles s’alimentent de la même manière par exemple), et comment les pressions extérieures (une pollution, des changements de conditions environnementales ou la pêche par exemple) les affectent. J’essaye ensuite d’utiliser ces connaissances en écologie pour proposer des outils de gestion afin de gérer les espèces exploitées de manière plus durable, par exemple, pour limiter l’impact de la pêche.

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

Mon projet actuel porte sur les poissons des eaux européennes (mer Baltique, mer du Nord, mer Celtique, Golfe de Gascogne, cote Ibérienne et mer Méditerranée) démersaux, c’est-à-dire qui vivent sur le fond de la mer ou près du fond de la mer (exemples d’espèces sur la figure ci-dessus). L’objectif du projet est de comprendre comment le changement climatique et la pêche influence les espèces, par exemple si ces espèces changent d’endroit à cause du changement climatique.

Mon métier participe à un effort commun pour pouvoir encore manger du poisson dans le futur. Mais je ne suis qu’une petite brique dans un grand système. Ce n’est pas moi qui vais sauver notre planète, j’essaye simplement d’y contribuer à mon échelle.

L’objectif du projet est double : comprendre comment ces espèces ont changé au cours des 60 dernières années, et aussi projeter comment elles vont changer dans le futur, jusqu’en 2100, pour prédire comment elles vont continuer d’évoluer. Je travaille à la fois sur des espèces qui sont exploitées pour être consommées, mais aussi sur des espèces qui ne sont pas exploitées.


Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

L’objectif est de limiter l’impact de la pêche et du changement climatique sur toute la communauté et l’écosystème, il est donc nécessaire d’analyser toutes les espèces de poissons, celles qu’on mange et les autres.




Mes missions

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

- J’analyse des bases données sur ordinateur. Cette tâche est majoritaire dans mon emploi du temps. Pour répondre aux questions que je présente au-dessus, j’analyse des gros jeux de données. Ces données ont été récoltées en mer au cours de campagnes scientifiques depuis les années 1960. Pendant ces campagnes, des scientifiques vont en mer et mettent des grands filets à l’eau (appelés chaluts, voir illustration chalut ci-dessus) tractés à l’arrière du bateau pour capturer les espèces et pouvoir les identifier. Ainsi, nous savons depuis les années 1960 où sont distribuées spatialement les espèces. J’analyse ces données avec des outils mathématiques appelés modèles statistiques, qui me permettent de comprendre dans quel environnement physique chaque espèce préfère vivre. Ces même modèles statistiques nous permettent de prédire (avec une incertitude associée) où seront potentiellement les espèces l’année prochaine, dans 10 ans et jusqu’en 2100, et donc comment elles vont évoluer (apparaitre ou disparaitre) et/ou se déplacer dans le contexte du changement climatique (voir illustration merlan ci-dessous).

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable
Illustration montrant la distribution spatiale du merlan : en bleu de 1990 à maintenant et en rouge la prédiction future.

- Je ne fais pas ces recherches toute seule. Je suis membre d’un groupe de travail qui regroupe une trentaine de scientifiques qui travaillent dans 7 pays différents (France, Belgique, Danemark, Portugal, Norvège, Canada, États-Unis). Je suis en charge d’animer scientifiquement le groupe et de maintenir une dynamique. Cela passe par organiser des réunions en présentiel deux fois dans l’année, et en visio plus régulièrement, ou encore partager des données ou du code informatique.

- Une ou deux fois dans l’année, je vais aussi à des conférences internationales. Cet aspect s’était un peu arrêté pendant le Covid, mais j’ai hâte de retourner à une conférence. Ces semaines de travail sont toujours très enrichissantes. C’est l’occasion de présenter son travail à toute la communauté de scientifiques qui travaillent sur les mêmes thématiques que nous. Et c’est aussi l’occasion de voyager. Pour assister à des conférences, je suis déjà allée à San Francisco et à Seattle aux États-Unis ou encore à Taïwan.

- Je fais, une fois dans l’année pendant 2 ou 3 semaines, du travail de terrain. C’est important pour moi de savoir comment sont colletées les données que j’analyse pendant toute l’année. Comme je travaille sur la haute mer, je ne peux pas aller collecter les données un jour de temps en temps. Quand je pars en mer, c’est toujours sur des gros bateaux et on reste entre 2 et 4 semaines en mer. J’adore ces missions, et même si les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, notamment à cause de la météo et des horaires de travail, l’ambiance à bord avec les marins et les autres scientifiques est toujours au rendez-vous.

- J’essaye aussi de passer un peu de mon temps de travail pour faire de la vulgarisation scientifique. Par exemple, je participe bientôt à une après-midi où nous accueillons une classe de seconde là où je travaille. La classe vient passer l’après-midi au labo, et nous organisons 4 ateliers autour de la biodiversité, et de la gestion. Je créé des jeux sur la biodiversité marine, et l’impact de la pêche et du changement climatique sur celle-ci.

- Enfin, j’encadre aussi des étudiants qui font des stages. En ce moment, j’encadre un étudiant qui fait son stage de Master 2, pendant 6 mois. C’est important de passer du temps avec lui toutes les semaines, pour échanger sur son avancement, l’aider et lui faire des retours. J’aime transmettre des connaissances et montrer l'importance de communiquer.

Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable
Photo de moi avec un sondeur acoustique que j’utilisais pendant ma thèse pendant une mission scientifique en mer.



Ce n’est pas simple de dire ce que j’aime le plus dans mon travail. J’aime me sentir utile, que ma recherche ait des implications pour la gestion du milieu marin, même si le lien n’est pas toujours très direct. Je suis de nature curieuse, et j’aime me poser de nouvelles questions tous les jours et mettre en place des choses pour essayer d’y répondre. J’aime aussi la variété de mes missions, et le contact aux autres.






Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable
Photo prise sur un bateau pendant une mission scientifique autour de Wallis et Futuna (Pacifique).

Mon parcours universitaire


J’ai eu mon bac en 2009, c’était un bac S, spécialité maths, lycée F. Daguin à Mérignac, près de Bordeaux. Je suis par la suite entrée en classe préparatoire Biologie Chimie Physique Sciences de la vie et de la Terre, au lycée M. Montaigne à Bordeaux. Il y a beaucoup de travail en prépa, et ce n’est pas toujours facile de tout suivre. La période des concours à la fin est hyper stressante et dure à gérer. Malgré ça, j’ai adoré ces deux année-là car je m’y suis fait des amis incroyables. Une des personnes que j’ai rencontrée pendant ces années est devenu mon témoin de mariage il y a 3 ans, et on a tous les deux un projet de vulgarisation scientifique (journal DECODER, voir plus bas).


J’ai poursuivi avec 2 ans dans une première école d’agronomie à Nancy (ENSAIA). J’ai aussi adoré ces années, j’y ai beaucoup fait la fête et aussi rencontrer des amis dont je suis toujours très proche aujourd’hui. J’ai aussi découvert pendant ces années que le côté « agronomie », c’est-à-dire de gestion de la ressource alimentaire me plaisait en fait beaucoup. C’est incroyable la variété d’emplois qu’il y a après une école d’agronomie. Je ne connaissais pas du tout ces écoles, et ce fut une belle découverte.

J’ai réalisé un première stage « de césure » en Nouvelle-Calédonie pendant 6 mois. C’était un stage qui portait sur les poissons des récifs coralliens. Avant ce stage, j’avais toujours rêvé de travailler dans le milieu marin et notamment sur les récifs coralliens. Finalement, c’est au cours de ce stage que j’ai réalisé que ça ne me plaisait pas tant que ça. Il me manquait quelque chose en ne travaillant que sur des problématiques de conservation.


Je suis revenue en France pour faire ma dernière année d’école en agronomie à Rennes (Institut Agro) où je me suis spécialisée en sciences halieutiques. J’ai adoré cette formation, c’est comme si finalement je découvrais ce que j’avais vraiment envie de faire. Les sciences halieutiques combinaient tout ce que je voulais faire: le milieu marin, et des questions concrètes et appliquées. J’ai découvert tout ça pendant cette année d’étude. J’ai choisi de me spécialiser en recherche, mais il existait 3 autres options dans ce Master : une spécialisation en aquaculture pour travailler à tous les échelons de la filière, une spécialisation en transformation des produits de la mer pour travailler avec l’industrie agroalimentaire, et une spécialisation en gestion pour travailler au ministère par exemple, dans des bureaux d’études, pour être acteur de gestion.


A la suite de mon école, j’ai travaillé un an comme ingénieure. Je n’étais pas sûre après mon école de vouloir faire une thèse. Cette année m’a permis de côtoyer de nombreux chercheurs, de faire de l’analyse de données, et de me tester pour savoir si j’avais envie de pousser plus loin et de me lancer dans la thèse. Cela m’a permis aussi de rencontrer l’équipe avec qui j’ai finalement fait une thèse, et de monter le projet avec eux, comme ça j’ai aussi pu décider de mon sujet de thèse. Avec le recul, cette année a été très bénéfique pour moi.


J’ai fait mes 3 ans de thèse en Nouvelle Calédonie. Alors, qu’un an auparavant, je n’étais pas sûre de vouloir faire une thèse, j’ai finalement adoré cette période. La thèse est vraiment le premier moment dans la carrière où j’ai fait de la recherche pour moi. C’était mon sujet, et je pouvais prendre la direction que je voulais dans mes recherches, les personnes qui m’encadraient me laissaient très libres. En même temps, ils étaient très bienveillants et m’aidaient dès que j’en avais besoin. J’ai énormément gagné en confiance en moi au cours de ces 3 années.

Cette vidéo raconte ce que j’ai fait pendant ma thèse : Aurore, doctorante à la CPS.

Je pense que mon parcours illustre bien la mobilité qu’on peut avoir en recherche. On est amené à voyager énormément, sur des courtes périodes mais aussi pour vivre à l’étranger. J’espère continuer de pouvoir faire ça dans les années à venir.

J’ai ensuite vécu deux ans en Allemagne, pour réaliser un premier contrat postdoctoral. Je vivais à Rostock dans le nord de l’Allemagne, et j’y suis arrivée en janvier 2019, juste avant que le Covid ne commence. Pendant cette période, j’ai travaillé sur le hareng et la morue qui sont pêché en mer Baltique. Ces deux stocks de poissons ne vont pas bien, il y a de moins en moins d’individus, ils sont en mauvaise santé, et je cherchais à comprendre pourquoi. Je travaillais pour l’institut des pêches allemands, qui a notamment pour mission de soutenir les pêcheurs. L’objectif était de comprendre si c’était la pêche qui faisait s’écrouler les stocks, ou d’autres facteurs. Nous avons montré que la mauvaise santé des morues était surtout liée à des problèmes environnementaux. La concentration en oxygène au fond de la mer est très basse, les morues ne peuvent plus y aller et s’y nourrir car leurs proies majoritaires vivent au fond de la mer.


Enfin, depuis un an et demi, je vis à Montpellier où je suis toujours en contrat postdoctoral (cette période entre la thèse et le CDI).


Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

L’année dernière j’ai reçu le prix Prix Jeunes talents France l’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science. Dans le cadre de son programme destiné à accompagner les femmes scientifiques dans leurs carrières, la Fondation l’Oréal, en partenariat avec l’Académie des sciences et la Commission nationale française pour l’UNESCO remet 35 bourses par an à des doctorantes et post-doctorantes travaillant dans des instituts de recherche français, tous domaines scientifiques confondus.





Quand j’étais petite, j’ai habité trois ans à Mayotte, où j’ai notamment commencé la plongée sous-marine qui est vite devenue une passion. Depuis cette période-là, je voulais travailler avec les dauphins et les récifs coralliens. Finalement, aujourd’hui je travaille sur les poissons marins exploités, comme la morue et le thon. Et même si à l’époque, ces espèces ne me faisaient pas rêver, je suis très heureuse de les étudier aujourd’hui.

Ce qui m’a aidé à choisir ma voie ? Faire des stages. Au cours de toutes mes études, je ne savais pas bien ce que je voulais faire, où j’allais aboutir. Et ce sont vraiment chacun de mes stages qui m’ont permis d’affiner ce que je voulais faire.
Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable
Photo prise pendant ma these, d’une activité faite pour des enfants sur les espèces de l’écosystème pélagique.

En parallèle, je suis membre active de l’équipe éditoriale d’un journal de vulgarisation scientifique avec 4 autres chercheurs et chercheuses. Le principe du journal est de mettre en relation une classe et un ou une chercheur.se pour qu’ensemble ils vulgarisent un article scientifique. Quand ils arrivent à une version définitive, l’article est publié sur notre site.



Je suis très fière et heureuse de faire partie de ce journal. Pour moi, diffuser la connaissance et rendre la recherche ouverte et accessible à tous fait partie intégrante de mon métier. Visiter notre site ici : Journal Décoder.


Vie familiale


J’ai un garçon de 1 an et demi. Ce n’est pas tous les jours simples de jongler entre mon métier et ma famille. Mon mari fait aussi de la recherche, et nous avons donc tous les deux des emplois de temps bien chargés et des voyages assez souvent. Nous parlons aussi beaucoup de travail à la maison, car nous avons de projets en commun. Ça rend parfois la recherche trop présente dans notre vie, mais c’est aussi une force. On peut se soutenir plus facilement, car on comprend toujours ce que l’autre traverse. Et, je me sens aussi très épanouie et heureuse depuis que mon fils est né. Il m’apporte une raison supplémentaire de continuer à faire de la recherche, pour qu’il puisse encore manger du poisson quand il sera grand. Et puis, il m’apporte beaucoup de bonheur. Même si la journée a été longue et difficile, rentrer à la maison et entendre son rire me fait déconnecter du travail.


Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable

Avant d’être maman, je faisais beaucoup de plongée sous-marine. Pour le moment, c’est un peu en pause. Je consacre du temps à mon fils et mon métier me prend le reste de mon temps. Mais ce n’est pas grave, je sais que c’est une période, et que ça reviendra par la suite. Le weekend, on aime beaucoup sortir et aller marcher.


Quelques conseils


Je pense qu’il y a une immense variété de métiers possibles dans les sciences, et qu’on n’en mesure pas du tout l’ampleur quand on est au lycée. Il ne faut pas hésiter à aller aux forums, aux portes ouvertes, et discuter autant que possible avec les personnes qui y sont déjà. Et si vous en avez l’occasion, faites des stages. Pour moi, il n’y a rien de mieux qu’un stage pour tester les différents domaines.


On manque encore de filles en recherche et dans les sciences en général, alors venez, on a besoin de vous. Vous êtes toutes capables d’y arriver, il ne faut pas hésiter à se lancer. Et on a le droit de se tromper, d’essayer autre chose et de recommencer. L’objectif est de trouver le métier qui vous fera vous sentir épanouie. Et surtout, faites-vous confiance ! C’est bien d’écouter les conseils, mais personne d’autre que vous ne peut décider mieux que vous de ce que vous avez envie de faire.


Edité par Sylvana S. et Mazzarine D.


Aurore RECEVEUR : chercheuse pour une pêche plus durable


Kommentare


Logo de l'association Sciences for Girls
bottom of page