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Anne VINCENT-SALOMON : oncologue, la garantie de se sentir utile toute sa vie

Environ un tiers des décès par cancer sont dus aux 5 principaux facteurs de risque comportementaux et alimentaires: un indice élevé de masse corporelle, une faible consommation de fruits et légumes, le manque d’exercice physique, le tabagisme et la consommation d’alcool.


Anne Vincent-Salomon est oncologue et travaille à l'institut Curie pour aider les patients. Venez découvrir son métier dans cette interview instructive !

Anne VINCENT-SALOMON : oncologue, la garantie de se sentir utile toute sa vie

Bonjour à tous et à toutes, je suis Anne Vincent-Salomon. Mon métier est anatomo-pathologiste ou pathologiste à l'institut Curie de Paris.


Spécifiquement, je coordonne le Pôle de Médecine Diagnostique et Théranostique de l'Institut Curie. Je travaille principalement sur le site de Paris mais ce pôle comprend des services situés à Saint Cloud.


La pathologie (ou l’anatomie et cytologie pathologiques) est une spécialité médicale au même titre que la cardiologie, la gynécologie etc… Les médecins anatomo-pathologistes sont les médecins des “tissus” c’est à dire qu'ils analysent les biopsies (prélèvement d'une très petite partie d'un organe ou d'un tissu pour effectuer des examens, ndlr) que leur confient les radiologues ou les pièces opératoires que leur confient les chirurgiens. Les biopsies et pièces sont fixées en formol puis échantillonnées sous forme de blocs et imprégnés de paraffine puis coupées en coupes de quelques microns d'épaisseur. Ces coupes sont colorées par trois colorants Hématéine, éosine et safran pour pouvoir être observées et analysées au microscope. Les coupes tissulaires sur lames sont de plus en plus souvent digitalisées grâce à des scanners. Ceci permet aux pathologistes de travailler sur des écrans et non plus sur des microscopes. Cette transition numérique est en cours et permet aux pathologistes d’utiliser des algorithmes d’intelligence artificielle pour les aider à travailler.


Les missions de l’anatomopathologiste sont de :

  • Poser les diagnostics en particulier les diagnostics de cancer. Aucun patient atteint de cancer n’est traité sans un diagnostic posé par le pathologiste,

  • Définir le pronostic de la maladie dont il vient de poser le diagnostic. En cancérologie, le pronostic repose surtout sur des éléments issus des analyses du pathologiste: taille de la tumeur, son degré de prolifération c’est à dire si les cellules de la tumeur se divisent vite et beaucoup, si les cellules tumorales infiltrent les vaisseaux entourant la tumeur, si il y a beaucoup de nécrose dans la tumeur, si il y a beaucoup de cellules du système immunitaire autour ou dans la tumeur , si la tumeur est bien différencié ou non c’est à dire si elle ressemble beaucoup ( bien différenciée) au tissu normal dont elle provient etc….

  • Définir la présence de marqueurs sur les cellules tumorales (par exemple HER2) ou sur les cellules du stroma (micro-environnement de la tumeur) par exemple PDL1 qui permettent de prescrire des traitements ciblés contre ces molécules.

  • Ndlr : Le diagnostic et le pronostic sont fortement corrélés : le diagnostic détermine en effet l’ensemble des composants en faute expliquant les dysfonctionnements observés, le pronostic détermine quant à lui l’état futur des composants à partir de modèles de vieillissement/dégradation du système surveillé. (Extrait du CNRS).

Après un baccalauréat scientifique, je suis entrée à la faculté de médecine (université Pierre et Marie Curie sur le site de la Pitié Salpétrière) en 1981. Au cours de mes études et en particulier auprès du Pr Dautzemberg, pneumologue pendant mon externat, puis au cours de mon internat, j’ai compris que j’exercerais la médecine à l'hôpital car j’aimais le travail d’équipe, et la possibilité de prendre le temps nécessaire pour comprendre la situation du patient sans avoir à me préoccuper des aspects budgétaires. C’était il y a plus de 25 ans… J’ai aussi très vite compris qu’à l'hôpital, faire de la recherche pour mieux comprendre les pathologies de nos patients était possible. Les médecins hospitalo-universitaires comme les Pr Sraër et Pr Rondeau à l'hôpital TENON ont été des exemples marquants pour moi : le service de néphrologie comprenait une unité INSERM de recherche avec de vrais chercheurs et des médecins qui partageaient leur temps entre le laboratoire et leur travail à l'hôpital. Mon grand frère le Pr Denis Vincent m’avait aussi montré le chemin en faisant en plus de son internat de spécialité (Médecine Interne / allergologie) une thèse de Sciences à l’Institut Pasteur. Plus âgé de 7 ans, c’est lui qui m’avait incité à choisir mon premier stage d’interne chez le Pr Sraër à Tenon.


Un élément déterminant pour le choix de ma spécialité a été de rencontrer le père de mes futurs enfants pendant mes études. Lui se destinait à être pédiatre, spécialité qui impose de nombreuses gardes. Nous voulions des enfants et les avoir jeunes, alors j’ai privilégié le choix d’une spécialité sans garde et pour laquelle des postes hospitaliers étaient accessibles. Comme je trouvais toutes les spécialités de mes premiers stages d’internat passionnantes (néphrologie; endocrinologie; pneumologie) et qu'au cours de ces stages je côtoyais les médecins pathologistes, je comprenais leur rôle essentiel dans la prise en charge des patients. Cette spécialité médicale permettait aussi de s’intéresser à tous les organes et il n’y avait pas de garde !


Je me privais du contact direct avec les patients, ce que je regrette parfois, je renonçais à prescrire, à soigner directement les patients … mais je découvrais une spécialité médicale qui évolue constamment en lien avec les progrès de la recherche, une spécialité de précision, d’observation et intellectuelle pour laquelle les lectures d’articles et de livres de médecine est indispensable tout au long de la vie. Mais également une spécialité manuelle avec la prise en charge des pièces opératoires, avec du travail en équipe avec les techniciens et ingénieurs. Et une spécialité d’interaction avec les nombreux collègues cliniciens.


Aujourd'hui nous avons besoin de vous en oncologie. La discipline est en pleine évolution d’une part grâce à l’intégration de la biologie moléculaire comme technique d’analyse complémentaire pour aider les pathologistes à poser leur diagnostics et d’autre part avec le développement de la numérisation des lames et les outils d’intelligence artificielle.


Les départements de pathologie fonctionnent grâce aux médecins pathologistes mais aussi aux équipes de techniciens. Les techniciens préparent les coupes des biopsies et des pièces opératoires, font les analyses complémentaires avec les manipulations à la paillasse pour les techniques de mise en évidence des marqueurs diagnostiques ou théranostiques. Mais ils nous aident également dans les analyses macroscopiques des pièces opératoires et la numérisation des coupes de tissus. Le métier de techniciens de pathologie est un métier technique qui est diversifié et qui gardera encore longtemps les manipulations à la paillasse.


En dehors de mon travail, je préside le comité scientifique de l’association RUBAN ROSE, dont le rôle est d’informer sur le dépistage des cancers du sein, et de lever des fonds pour la recherche. J’enseigne aussi la pathologie mammaire dans l’académie internationale de Pathologie avec mes amis les Drs ARNOULD (Dijon) et MACGROGAN pour aider les collègues pathologistes qui connaissent moins les cancers du sein que nous.


Être médecin à l'hôpital signifie qu’il faut aimer s’engager totalement pour assurer la meilleure prise en charge possible des patients. Cela veut dire de longues journées mais sans jamais s’ennuyer et surtout avec la chance de travailler avec des jeunes techniciens, internes, jeunes médecins spécialistes. Travailler en équipe transgénérationnelle est la plus belle expérience qui soit ! L’hôpital rassemble des personnes d’origine sociale différente et de culture différente.


Pouvoir faire de la recherche et apprendre tout au long de sa vie est le meilleur remède à la perte de sens ! et me fait rester curieuse et “jeune” dans l’âme !

Ce que je souhaite vous dire c'est que c’est un métier passionnant et la garantie de se sentir utile toute sa vie ! Même si c’est difficile d’affronter tous les jours le cancer. Multiplier les efforts de prévention et de recherche pour mieux soigner les patients atteints de cancer est une motivation inépuisable !


Si j’avais 18 ans aujourd’hui je choisirais à nouveau les études de médecine. Je ne connais pas l’ennui à mon travail et je travaille beaucoup mais avec toujours la chance d’être mobilisée par une curiosité pour les autres, pour les sciences !


A très bientôt à l'hôpital ?



Edité par Lise C. et Mazzarine D.

Anne VINCENT-SALOMON : oncologue, la garantie de se sentir utile toute sa vie



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