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Les femmes et l'océan



L’océan regroupe environ 70% de notre planète et fournit près de 50% de l’oxygène disponible sur la planète via la photosynthèse effectuée par les organismes végétaux qui y habitent (notamment le phytoplancton). Grâce à eux, l’océan est également capable d’absorber environ 30% du CO2 de la planète [1]. Un océan en bonne santé permet ainsi à la planète de se réguler, à l’inverse si l’océan se dégrade c’est la quantité en oxygène et en dioxyde de carbone dans notre atmosphère qui en pâtit, entraînant par là une hausse du réchauffement climatique. Les activités humaines et notre production toujours plus forte de CO2 sont la cause d’une acidification de l’océan, qui a des conséquences directes sur les espèces qui y vivent. Protéger l’océan et ses êtres vivants est donc une nécessité pour protéger la planète. Connaître l’océan, ses mécanismes, sa faune et sa flore est donc primordial. Hors, à ce jour, nous n’avons exploré que 20% de ce dernier [2].


Pendant de nombreux siècles, l’exploration des océans était affaire d’hommes. En effet, de nombreuses superstitions associaient la présence de femmes sur un bateau à un danger. Une loi existait même qui empêchait les femmes de monter à bord de bateaux de pêche, de commerce ou de guerre. [3] Cette loi, la loi Colbert, ne fut abrogée qu’en 1963 ! Cependant, les femmes n’ont pas attendu 1963 pour faire des prouesses maritimes. Entre grimage et culot, cet article vous racontera l’histoire épatante de quelques femmes ayant osé et osant actuellement relever les défis de l’océan.


En 2021, l’UNESCO lance la Décennie des Nations Unies pour les sciences océaniques au service du développement durable [4], avec le souhait de mobiliser les scientifiques, les politiques et les civils afin de « conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable ». Concrètement le but est ainsi d’acquérir les connaissances manquantes sur l’océan et sur la façon de gérer durablement ses ressources. Pour répondre à cette problématique, il est nécessaire de démocratiser et de faire connaître les métiers liés à l’océan, et notamment d’ouvrir leurs portes aux femmes ! En effet, si la loi Colbert a été abrogée il y a 60 ans maintenant, les femmes sont encore sous-représentées dans le secteur maritime. Selon WISTA France (un réseau de femmes qui occupent des postes à responsabilité dans le secteur maritime), seuls 21% des postes du secteur maritime sont occupés par des femmes [5]. Concernant les métiers de la recherche, ce pourcentage est de 30%.

Pour combler ce manque de représentation des femmes dans les métiers de la mer, l’association Elles bougent [6] et le Cluster maritime français [7] ont lancé l’opération « Les Elles de l’océan » [8]. À cette occasion, des collégiennes, lycéennes et étudiantes sont invitées à venir rencontrer les femmes ingénieures, techniciennes, océanographes, ... et à venir découvrir tous les métiers scientifiques et techniques du secteur maritime. De plus en plus d’associations et d’évènements de ce type sont créés en France, à l’instar de WISTA [9] ou WomenForSea [10]. La première est une association internationale créée pour engager et soutenir des femmes dans les secteurs maritimes, d’échange et de logistique. La seconde est une initiative créée par Nathalie Ille, passionnée par la mer et sa biodiversité qui fédère autour d’elle tout une communauté de femmes engagées pour la protection de la mer et du vivant.


Mettre à l’honneur, faire découvrir, inspirer, engager. Voilà les maîtres mots du développement des connaissances sur l’océan et sa protection ainsi que l’augmentation de la part des femmes dans ce secteur. Suivez-nous dans la découverte de plusieurs de ces femmes qui ont agi par le passé ou agissent actuellement pour la protection, la découverte et la connaissance de l’océan.


Anita Conti (1899-1997)

"Sur des flots immensément pareils et sans fin dissemblable, vers les horizons qui reculent, vers les étoiles qui vont naître, vers l’infini du bleu qui va noircir, un navire emporté jusqu’au bord du ciel, de ses parois de fer il déchire les eaux et moi, en lui, prisonnière." Poème d'Anita Conti.


Ayant grandi entre la Bretagne et Paris, Anita Conti a toujours été proche de la mer. Lors de la 1ère guerre mondiale, sa famille déménage sur l’île d’Oléron où elle continue son éducation à l’océan : elle apprend la voile, s’intéresse aux espèces marines via les pécheurs qu’elle rencontre et découvre la photographie. Dans les années 1930, elle embarque sur des harenguiers avec son appareil photo pour observer, comptabiliser, photographier et cartographier les ressources marines. Ses travaux sont remarqués par l’Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes, ancêtre de l’Ifremer, qui l’engage. Elle embarque alors sur le premier navire océanographique français pour observer les techniques de pêche, établir des cartes, étudier les fonds marins et la qualité de l’eau pour optimiser l’activité de pêche en mer. Durant la Seconde Guerre Mondiale, elle s’engage dans la marine nationale pour continuer sa mission et devient ainsi la première femme de l’Histoire à intégrer les rangs de la marine.

Ces années en mer à étudier la pêche et ses impacts la font s’interroger sur les pratiques et le problème de la surpêche. Elle fut l’une des première à s’interroger sur les conséquences humaines sur les milieux marins et à prôner une exploitation plus raisonnée. A l’issue de la guerre, elle reprendra ses navigations sur des bateaux de pêche, qui la mèneront sur les côtes africaines pour développer des techniques de pêche durable. Elle devient ainsi l’une des pionnières de l’aquaculture et implantera des fermes aquacoles en Mer du Nord et sur la côte adriatique.


Sylvia Earle (1935-)


À 12 ans, elle déménage dans le golfe du Mexique où elle se passionne pour sa faune et sa flore. Elle fera même un mémoire sur les algues locales à la fin de ses études. Cela marque le début de sa carrière qu’elle poursuivra jusqu’à un doctorat en botanique et un poste de chercheuse à Harvard. En 1964, elle embarque au sein d’un bateau explorant l’océan Indien, seule femme à bord d’un navire comptant 70 hommes. Puis, quelques années plus tard, elle teste les effets de l’immersion prolongée en restant deux semaines avec quatre autres femmes dans un habitacle à 15 mètres de profondeur. En tout, elle aura passé plus de 7000h sous l’eau et détient même le record de descente avec bouteille en ayant plongé à 381 mètres dans l’océan Pacifique. Ces exploits lui valent le surnom de « Her Deepness » (« Sa Profondeur »).

C’est au fil de ses plongées qu’elle a pu observer les détériorations de l’écosystème marin. Elle décide alors de fonder son association Mission Blue qui vise à protéger des zones reconnues comme essentielles à l’océan. Son engagement lui a valu un documentaire, sorti en 2014 sur Netflix et baptisé du nom de son association « Mission Blue ». Dans ce documentaire, Sylvia Earle alerte, « L’océan est notre vie, si nous ne changeons pas nos habitudes, nous aurons de gros problèmes ». Aujourd’hui, elle continue ses missions d’exploration de l’océan et est, depuis 1998, exploratrice à demeure pour le National Geographic.


Maud Fontenoy (1977-



Depuis toute petite, Maud Fontenoy et la mer ne font qu’un : elle embarque sur son premier bateau, la goélette familiale, à l’âge de sept jours et apprend tous les rudiments de la navigation, de la connaissance des océans et de la nature durant son adolescence. Cette jeunesse sur l’eau la conduit, en 2003, à partir pour la traversée de l’Atlantique Nord à la rame, seule et sans assistance. Quatre mois après son départ, elle devient la première femme à réaliser cette traversée en arrivant à bon port. En 2005, elle repart, cette fois, elle traverse le Pacifique, entre le Pérou et les îles Marquises. Cet exploit lui vaudra d’être élue personnalité de l’année par le Time Magazine. Elle ne s’arrête pas là et accomplit en 2007, en 150 jours de voyage, le tour du monde à contre-courant, à la voile et sans assistance. Grande passionnée des océans et ayant passé le plus clair de sa vie sur l’eau, elle ne peut qu’être témoin des effets visibles de la pollution et du réchauffement climatique sur ces milieux. Elle s’engage ainsi, aux côtés de scientifiques, à la protection des océans et crée, en 2008, la Maud Fontenoy Foundation qui s’engage en France et à l’international pour préserver les océans. Sa fondation mène des actions d’éducation et de sensibilisation à l’environnement avec le soutien de partenaires scientifiques et du Ministère de l’Education Nationale.

Entre récits de voyage, sensibilisation à l’environnement et mise en valeur des femmes dans le secteur maritime, Maud Fontenoy a publié de nombreux ouvrages et sorti plusieurs documentaires. Récemment, elle a sorti Femmes océanes aux éditions Cherche-Midi en hommage aux femmes exploratrices, océanographes, marins, pêcheurs, aventurières…, trop peu représentées et qui sont ses héroïnes. [14]


Ecrit par Loane Danès et édité par Alizée Morat


[1] https://www.unoceandeplastique.fr/ocean-fabrique-air/

[2] https://oceanservice.noaa.gov/facts/exploration.html

[3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_Colbert

[4] https://fr.unesco.org/ocean-decade

[5] https://www.wista.fr/wista-france-veut-accelerer-la-feminisation-des-conseils-dadministration-de-la-filiere-maritime/

[6] https://www.ellesbougent.com/

[7] https://www.cluster-maritime.fr/

[8] https://www.mer.gouv.fr/les-elles-de-locean-une-operation-pour-promouvoir-la-place-des-femmes-dans-le-secteur-maritime

[9] https://wistainternational.com/

[10] https://womenforsea.fr/

[11] https://www.celles-qui-osent.com/anita-conti-oceanographe/

[12] https://leseclaireurs.canalplus.com/articles/decouvrir/sylvia-earle-la-biologiste-qui-a-dedie-sa-vie-a-la-protection-des-oceans

[13] https://maudfontenoyfondation.com/maud-fontenoy/

[14] https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/le-monde-d-elodie/les-femmes-n-ont-pas-attendu-l-autorisation-de-naviguer-pour-larguer-les-amarres-maud-fontenoy-retrace-le-parcours-des-pionnieres-de-la-mer_5564856.html





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