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Aurore BLANCHETEAU : Ingénieure persévérante et courageuse en R&D en agroalimentaire

Ce mois d’Avril chez SciGi est dédiée à l’industrie agroalimentaire.

L'industrie agroalimentaire est l'industrie qui transforme les produits agricoles 🌱 en aliments consommables par l'homme. Nous commençons avec une belle interview d’Aurore Blancheteau, Ingénieure en Recherche et Développement en agroalimentaire. Elle nous raconte son expérience, les difficultés et les enseignements qu’elle resort de son parcours. Plongez dans cette interview émouvante, enrichissante et stimulante !

Bonjour, je m’appelle Aurore Blancheteau, j’ai 33 ans et j’habite dans la région Lilloise !

Je suis de formation Ingénieur Agro. J’ai été diplômée en 2013 de l’école d’ingénieurs JUNIA ISA de Lille qui forme à la fois dans le domaine de l’agroalimentaire, de l’agriculture et de l’environnement. J’ai suivi un cursus généraliste qui m’a permis d’aborder à la fois les sujets agroalimentaires et agricoles avec une spécialisation de 5ème année en Nutrition/Santé.


Mon parcours

Je suis ingénieure et j’ai exercé pendant près de huit ans, en tant qu’Ingénieure chargé de missions R&D (Recherche et Développement) chez MEO-FICHAUX SAS.

C’est une entreprise qui regroupe deux PME familiales agroalimentaires du Nord (59) qui importent, torréfient, conditionnent et commercialisent du café moulu et en grains à marque propre (cafés MEO), pour les marques de distributeurs (MDD) et en sous-traitance pour des grandes marques.

J’ai intégré l’entreprise dans le cadre de mon stage de fin d’études en février 2012. A l’époque, les deux entreprises n’étaient pas encore officiellement fusionnées. J’étais rattachée à l’entreprise FICHAUX INDUSTRIES qui venait d’investir dans une nouvelle ligne de conditionnement du café moulu en capsules compatibles sur les machines NESPRESSO®.

Il n’y avait pas de service R&D dans l’entreprise. Les développements produits étaient pilotés par la direction et suivis par le responsable contrôle qualité.

J’ai été recrutée par le responsable « Développement process industriel et nouveaux produits », qui avait coordonné le développement de la première capsule de café compatible sur les machines Nespresso® et l’achat de la nouvelle ligne de production.

Le produit étant très innovant et nécessitant un travail spécifique à temps plein, ils m’ont missionnée en premier lieu sur la mise en place du plan de contrôle qualité et la rédaction des documents qualité associés.

Rapidement, d’autres missions en lien avec ce produit se sont multipliées. Je me suis spécialisée et j’ai développé une expertise « contenant/contenu » (capsule/café).

La diversité des missions et la nouveauté m’ont permis de développer de multiples compétences notamment en gestion de projets, en management et en relationnel. La diversité des interlocuteurs rencontrés au quotidien mais aussi dans le cadre de projets spécifiques (fournisseurs/clients/prestataires) m’ont enrichie et m’ont permis de développer une aisance relationnelle.

A la fin de mon stage, j’ai fait une demande pour continuer dans l’entreprise qui avait pour ambition de continuer à évoluer sur le segment de la capsule de café compatible aux machines Nespresso®.

J’ai poursuivi par un CDD de 6 mois, qui a été renouvelé 3 mois pour enfin être transformé en CDI en Mai 2014 en tant qu’Ingénieure Chargé de missions R&D.

Cela a permis de créer un service R&D, constitué de mon responsable et moi-même. J’étais alors missionnée sur la partie coordination et suivi des plans d’actions opérationnels.

Les femmes ont toute leur place dans la Recherche et Développement en Agroalimentaire et pas qu’en qualité.

Mes missions

Je participais par exemple aux appels d’offres où je définissais les plans de mélanges de café que je soumettais à la direction et aux services qualité et commercial sur la base du cahier des charges du prospect client. Je coordonnais ensuite la préparation des échantillons et leurs envois. Dans le cas de la validation de l’offre, j’organisais les pré séries industrielles pour valider et confirmer les paramètres du produit que nous avions défini (couleur de torréfaction/la granulométrie du café/le grammage dans la capsule/etc.). Puis je coordonnais en lien avec les autres services de l’usine (production/qualité/technique/expédition) le démarrage de production en m’assurant que tous les paramètres étaient respectés en lien avec le cahier des charges validé avec le client.

Les missions et projets R&D se multipliant au-delà de la sphère « capsule de café », nous avons transformé l’ancien laboratoire qualité en laboratoire contrôle qualité R&D et nous avons recruté un technicien de laboratoire R&D.

Ma curiosité et ma soif d’apprentissage m’ont poussée à élargir mon champ de compétences sur des projets très diversifiés (technique/qualité/emballages).

Ma direction étant très investie et impliquée dans le développement de l’outil industriel, elle attendait de moi et de mon profil des compétences techniques avancées. Étant de nature très investie et engagée, j’ai cherché à gagner sa confiance et sa reconnaissance en m’investissant toujours plus.

Les échanges que j’ai pu avoir étaient passionnés et passionnant. J’ai été challengée et cela m’a nourrie mais je pense que ma position de « femme » m’a malgré tout contrainte à devoir toujours prouver que j’étais compétente. Passionnée et investie, je n’ai pas pris en considération que cela me demandait beaucoup plus d’énergie que nécessaire.

L’entreprise étant essentiellement composée d’hommes, j’ai dû m’adapter et adapter ma manière de faire pour gagner en confiance et en respect.

Ce qui n’a pas été chose aisée quand je suis arrivée dans l’entreprise. Jeune femme introvertie de 22 ans sortie d’une école d’ingénieurs.

Ce statut étant réservé à une minorité de personnes dans l’entreprise (3 personnes dont le DG), n’était pas très bien perçu et accueilli dans l’entreprise. L’ingénieur étant perçu comme « quelqu’un qui sait tout et mieux que les autres ».

Cela m’a valu d’ailleurs diverses remarques et critiques et en particulier de mon responsable, mais qui n’ont que participé à renforcer mon ambition de montrer qu’ils avaient tort.

Malheureusement, ce surinvestissement et cet engagement outre mesure, ont eu raison de moi et de ma santé et j’ai dû être arrêtée 8 mois pour burn-out.

Ce que je retire de cette expérience, c’est qu’en tant que femme, j’ai pu apporter une approche multidimensionnelle où j’ai réussi à établir une relation de confiance avec mes collègues dans les différents services et tout particulièrement avec les machinistes en production.

Au-delà de l’aspect relationnel, j’ai continué à être dans cette notion d’apprentissage en m’ouvrant aux autres et à leur savoir.

Je me suis inspirée pour être dans cette démarche d’innovation, de création tout en restant pragmatique, analytique et rigoureuse dans mon travail.


Les femmes dans l'agro-alimentaire

Les femmes ont toute leur place dans la Recherche et Développement en Agroalimentaire et pas qu’en qualité. Et oui, les femmes sont souvent catégorisées dans ce domaine pour des raisons qui m’échappent. J’ai d’ailleurs souvent été qualifiée d’ingénieure Qualité…

Les femmes sont de plus en plus présentes dans l’agroalimentaire qui a longtemps été dominé par le masculin. Et d’ailleurs, j’ai pu constater une évolution positive dans l’entreprise dans les deux dernières années qui ont précédées mon départ, avec le recrutement de deux machinistes femme. Deux femmes investies, compétentes et consciencieuses, qui dépassaient souvent les attentes en termes de productivité. Malgré leurs compétences techniques, j’ai souvent vu une réticence à les écouter (service technique/direction).


Mes hobbies et passions

Ces huit années ont été consacrées à ma mission professionnelle et j’ai laissé peu de temps à mes activités ressources que sont le yoga que j’ai commencé à pratiquer en 2016, mais aussi la marche/randonnée. La nature de manière générale est mon refuge et je suis très attachée à mes origines agricoles.

Je suis passionnée de cuisine et cela constituait la principale activité que je réalisais après le travail afin de me préparer mes gamelles pour le midi. J’avais peu de temps et je mangeais sur mon lieu de travail, donc j’avais à cœur de me cuisiner de bonnes choses qui m'apporteraient ce plaisir gustatif.

Mon arrêt m’a permis de développer ma pratique du yoga et de me ressourcer dans la nature. J’avais toujours cette passion de la cuisine qui m’accompagnait.

Je quittais l’entreprise en juillet 2021 par rupture conventionnelle et je souhaitais profiter de ce temps qui m’était accordé pour expérimenter le domaine de la cuisine.

Un autre domaine où la place de la femme est tout aussi complexe.

C’est porté par cette passion et sous les conseils avisés d’une amie qui s’était elle-même reconvertie en tant que traiteur indépendante/cheffe engagée zéro déchet, que j’ai réalisé ma formation cuisine au sein de l’école de cuisine, Cuisine Mode d’Emploi(s) créée par le chef étoilé Thierry Marx. Cette formation courte mais dense nous apprend les bases de la gastronomie française. J’ai obtenu mon Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) Commis de cuisine en janvier 2022.

J’ai réalisé mon stage de 3 semaines dans un restaurant Saisons Cave à manger à La Madeleine dans le Nord (59), qui promeut une cuisine de saison, 100% locale et raffinée. L’expérience fut tellement enrichissante et je l’ai prolongée sur une période de 5 mois. J’ai continué mon expérience de la restauration dans un centre de bien être et pratique douce (yoga/pilates/etc.) qui propose un service de restauration et salon de thé, La Villayoga à Bondues dans le Nord (59).


Mon futur

Ces expériences m’ont enrichie et nourrie personnellement mais il me manquait ces challenges scientifiques, ces problématiques à résoudre !

C’est pourquoi, j’ai la volonté de réinvestir avec mes nouvelles « armes », le domaine de l’agroalimentaire et ces challenges !

Ils sont nombreux et engageants donc c’est maintenant plus que jamais, que l’industrie agroalimentaire a besoin de femmes à la fois réfléchies, sensibles, déterminées, créatives et ambitieuses pour faire avancer et évoluer les pratiques.

Pour ma part, j’ai choisi d’équilibrer ma vie et d’investir les trois piliers : personnel, professionnel, extra-professionnel.

Je travaille sur la rédaction d’un d’ebook sur l’alimentation anti-inflammatoire en collaboration avec une amie diététicienne et formée en micronutrition. Je continue et fait évoluer ma pratique de yoga et je me ressource régulièrement à la campagne dans la nature que je souhaite mettre au cœur de ma nouvelle recherche d’emploi.

Je suis actuellement à la recherche d’une nouvelle opportunité dans la gestion de projets innovants portés par une entreprise qui est engagée dans les sujets de la transition alimentaire, sociale et écologique.


Quelques conseils

En conclusion, mon parcours est celui d’une jeune femme trentenaire investie, engagée et consciencieuse qui a cru qu’elle devait prouver qu’elle avait de la valeur, des compétences en s’investissant toujours plus, en acceptant plus que de mesure !

Alors oui, je vous encourage à être simplement vous avec vos qualités, vos compétences et à vous écouter et vous faire confiance. Ne pas accepter d’être dévalorisée, d’être sous-estimée. Si tel est le cas, alors soit vous prenez le parti de faire changer les choses si vous sentez que vous en avez la possibilité, sinon mettez votre énergie là où elle vous sera utile et utile à d’autres.

Merci à celles qui ont pris le temps de lire mon témoignage, en espérant qu’il puisse vous apporter soit des réponses, soit juste une vision de ce que peut être une ingénieure R&D en agroalimentaire !

Prenez bien soin de vous !

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